13 mai 2018 Ellen Barboza

Pourquoi j’ai décidé de quitter mon poste de juriste pour devenir photographe

La vie est un long parcours fait de changements et de multiples choix.

Mais les choix concernant la vie professionnelle sont certainement les plus difficiles à faire. Qui n’a jamais ressenti une petite pointe d’angoisse quand, enfant, un adulte lui demandait : « Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? » En réalité, ni à 5 ans, ni à 50 ans, il n’est facile de répondre à cette question.

C’est toi qui décide du cours de ta vie, ou c’est la société qui en décide pour toi ?

Je suis Brésilienne d’origine. Et, quand je pense à mon enfance au Brésil, ce sont toujours les mêmes images qui me reviennent : des heures de peinture, de lecture, de cinéma… Et aussi des heures passées à jouer à la serveuse, à la secrétaire, à l’enseignante… Des professions qui ne faisaient pas vraiment rêver mes parents. J’ai suivi mon parcours d’adolescente en laissent libre cours à ma créativité, et mon instinct parlait toujours d’abord. Sans me poser trop de questions, je créais, tout simplement.

Mais, à l’âge de 18 ans, la grande question s’est à nouveau posée : « Qu’est ce que tu veux faire de ta vie ? ». Il fallait choisir. Choisir un cours, une université et une profession qui devrait me suivre pendant toute ma vie comme une “carapace de tortue”. Est-ce que quelqu’un avait la moindre idée du poids d’un tel choix à l’âge de 18 ans ? Non, personne… même pas mes parents. Les parents, les personnes les mieux intentionnées du monde. Il n’est pas juste de les culpabiliser, car ils veulent toujours le meilleur pour les enfants. Et, pour leur génération, le mieux était de suivre ce parcours linéaire. Etudes supérieures dans une profession « respectée », pour obtenir une sécurité financière et un statut social, un CDI dans une grande entreprise, et tout cela jusqu’à la tombe. Mais leurs enfants souhaitent-ils la même chose ? I don’t think so…

Il arrive un moment où tu dois dire stop à la volonté des autres, et laisser la place à tes propres envies.

Le droit était l’un des secteurs qui ouvrait le plus de portes, et qui rendrait tout le monde très fier. Tout le monde, mais pas moi-même.

Comme tous les gentils enfants, je n’ai pas essayé d’échapper au parcours linéaire. J’ai enterré mon envie d’exercer une profession artistique, et je me suis lancée à corps perdu dans une nouvelle aventure : l’université de droit. Le droit était l’un des secteurs qui ouvrait le plus de portes, et qui rendrait tout le monde très fier. Tout le monde, mais pas moi-même. C’est vrai, personne ne m’a mis un couteau sous la gorge pour me faire suivre ce parcours. Mais mon inconscient a fait affaire avec mon envie de vouloir toujours contenter les autres, et ma volonté d’assumer mes choix jusqu’au bout. De plus en plus, cette peur du « jugement des autres » a pris des proportions catastrophiques dans ma vie, et m’a conduit à suivre un long chemin de facs, masters, Barreau et années de travail en cabinet et en département juridique d’entreprises. C’est en 2009, suite à un voyage à Madrid, que j’ai eu un premier déclic. Entourée de musées, de tableaux, de couleurs partout, je me suis acheté mon premier appareil photo. Sans aucune technique, je me suis mise au travail, avec le « feeling », en reproduisant tout ce que je voyais devant moi. Et, pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie épanouie. Ma première action après les vacances a été de m’inscrire dans un cours de photographie.

Quand le moment de passer à l’action est difficile, mais nécessaire.

Après un certain temps, les signes de la fatigue du corps et de l’âme étaient évidents. Je ne me reconnaissais plus dans mon job, ni nulle part…

J’ai vécu 3 ans à jongler entre mes cours de photo, ma vie d’avocate à temps plein, et mes missions de photographe freelance. Un jour, je suis arrivée à la limite : la fatigue, le malheur… je ne me connaissais plus ! Soudainement, je me suis plantée devant mon chef et je lui ai dit gentiment : « Vires mois s’il te plait. ». Pourquoi ? Parce que mon âme avait soif de création.

2 mois après j’étais en France, inscrite dans un cours de français sans savoir quel serait mon destin. Pendant cette période de 5 mois en France, j’ai produit beaucoup d’images et j’ai laissé mon âme créative s’exprimer à fond. Jusqu’à ce que la mauvaise petite voix à l’intérieur de moi réapparaisse : « Comment tu vas gagner ta vie ? ». Sans même m’en apercevoir, je me suis relancée dans le « droit » chemin (littéralement !). Je me suis inscrite dans un master français de « Droit des Médias et de la communication » avec le trompeur espoir que « je pourrais au moins mélanger les deux métiers… ». Bullshit.

J’étais partie pour une longue période de « chemin de croix », d’abord dans une université de droit, suivi d’un stage puis d’un CDD de 2 ans dans le domaine des brevets de recherche au sein d’une structure publique très respectée en France. Après un certain temps, les signes de la fatigue du corps et de l’âme étaient évidents. Je ne me reconnaissais plus dans mon job, ni nulle part… je ne créais plus, je subissais des ordres dont je ne partageais pas la valeur.

Le grand « Switch »

« Et maintenant, tu vas te prendre en main, et vivre ta propre vie ? »

Après avoir lu une annonce dans la presse, j’ai rejoint « Switch Collective » qui proposait la formation « fais le bilan calmement ». Je suis revenue à mon passé, à mes racines créatives, à mes peurs… à mon essence. Je me suis inscrite tout de suite avec mon mari qui se posait également des questions à l’époque (un Switch de couple !). Voilà, on était parti pour 6 semaines intenses avec 40 personnes qui se posaient les mêmes questions. QUARANTE PERSONNES ! Ce n’est pas rien… Je me suis rendu compte que les personnes de ma génération ne veulent plus suivre le parcours de leurs parents (du moins pas dans l’ordre linéaire qu’ils nous apprennent). Que l’on a le droit de revenir en arrière, et de vouloir faire autre chose. J’ai énormément appris sur l’être humain avec mes 40 « buddies switcheurs », avec mon mari, et surtout avec moi-même… c’est la claque de se dire : « Regardes, tu es train de laisser couler ta vie dans une direction qui n’est pas celle que tu as choisi ». Et cette claque, elle m’est venue toute de suite à la suite d’un « burn-out » et la limite d’un corps et d’un esprit qui étaient fatigués d’essayer d’être quelqu’un d’autre. Une période difficile, qui a duré des mois de traitement, de rendez-vous chez le psychologue et de longues conversations avec mes proches. Mon âme avait touché le fond, pour finalement dire : « Et maintenant, tu vas te prendre en main, et vivre ta propre vie ? » Cette fois-ci je lui ai dit un grand OUI !

Je me suis inscrite à SOTØ, une formation dédiée aux freelances pour apprendre tout ce qui je ne savais pas : comment créer son entreprise, la présenter, négocier ses tarifs… Du jour au lendemain, j’ai crée une micro-entreprise dédiée à ce que je fais le plus naturellement : la photographie life style, spontanée, sur le vif, dédiée aux particuliers (familles, couples, enfants), mais aussi à tous les professionnels qui cherchent à se représenter eux-mêmes ou leur produit, de manière authentique et fidèle à ce qu’ils sont vraiment.

Allez-y, n’attendez pas ! La vie passe trop vite.

« Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme » (Winston Churchill)

Ce n’est pas facile de changer de parcours, et pas plus facile de dire « non » à une société qui insiste pour faire des choix à ta place. Mais parfois, il est nécessaire, et même urgent, d’au moins essayer. L’échec fait partie de la vie et comme disait Winston Churchill : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme ».

Il faut partir à l’action. Il faut se tromper. Il faut revenir en arrière. Il faut apprendre de ses erreurs. Et surtout, il faut se donner sa chance. Aujourd’hui je suis mon comptable, mon marketing, mon RH, mon manager, je n’ai ni salaire fixe, ni bureau et horaires fixes, mais j’ai les papillons dans le ventre à chaque fois que je prends mon appareil photo pour partir travailler. Aujourd’hui je me lève avec un énorme envie de vivre.

Pourquoi j’ai laissé ma carrière de juriste pour devenir photographe ? La réponse est simple : parce que je suis tout simplement beaucoup plus heureuse de pouvoir être moi-même.